
La fouille du piazzale situé devant
la façade orientale de la Villa Médicis s'inscrit
dans le cadre d'un programme de recherches mené par l'Ecole
française de Rome, depuis 1981, sur le versant occidental
du Pincio. Des travaux ponctuels effectués dans le cadre
de la restauration du bâtiment, en 1990 et 1992, avaient
révélé la présence d'un important
édifice de la fin de l'Antiquité dont la fouille
complète a pu être réalisée en 1999,
grâce à l'ouverture d'une aire de fouille de 1200
m2 d'extension.
Les premiers témoignages d'aménagement de la colline
sont représentés par des murs de soutènement
en opus quadratum de pépérin, qui paraissent appartenir
aux travaux réalisés par Lucullus dans la première
moitié du Ier s. av. J.-C. Ces terrassements, et les différentes
constructions augustéennes qui les ont occupés,
ont été noyés dans un remblai de la première
moitié du Ier s. qui fait probablement partie des grands
travaux voulus par Valerius Asiaticus avant 47 ap. J.-C. Cette
nouvelle terrasse reçut différentes constructions,
détruites dans le courant du IIème s. ap. J.-C.
par une très longue citerne (plus de 80 m de longueur,
pour 5 m de largeur).
Plus tard, la partie méridionale de cette terrasse a été
décaissée pour la construction d'un grand édifice
(env. 750 m2) construit en opus vittatum mixtum, et composé
de trois grandes salles de représentation: une salle absidiale
(diam. 14 m), chauffée, était précédée
par un portique en hémicycle dont une bonne partie du sol
d'opus sectile est conservée (à la différence
du reste de l'édifice, dont le luxueux revêtement
de marbre a entièrement disparu), et qui ouvrait vers le
sud, en direction du centre monumental de la ville et de Saint-Paul-hors-les-Murs;
derrière la salle absidiale, une cour de service abritait
le praefurnium de son système de chauffe. Un espace curviligne
doté d'un puits de lumière desservait les deux autres
salles, l'une fermée vers l'est par une exèdre rectangulaire
dans laquelle ouvrait une large baie, l'autre par une abside comportant
une niche. Plusieurs éléments documentent l'existence
d'un premier étage du palais, dont un lambeau du sol de
marbre a été retrouvé encore en connexion.
Le terminus post quem pour la construction de ce bâtiment
est offert par une monnaie de Valentinien Ier découverte
dans une de ses tranchées de fondation, et par les timbres
circulaires REI/PVBL portés sur de nombreuses bipédales
utilisées pour la construction du palais, qui prouvent
que celui-ci ne peut être antérieur au sac d'Alaric,
en 410 ap. J.-C., date avant laquelle la domus Pinciana appartenait
à la famille des Anicii. Il s'agit donc probablement d'une
adjonction au palais réalisée sous le règne
de l'empereur Honorius.
Plusieurs secteurs du bâtiment ont été affectés
par d'importants mouvements de terrain, peut-être à
mettre en relation avec un grand tremblement de terre documenté
à Rome à la fin du Vème s. ou au début
du VIème s. La destruction de la partie antérieure
du palais, dès cette époque, pourrait expliquer
l'information transmise par Cassiodore, selon lequel Théodoric
aurait fait récupérer des marbres de la domus Pinciana
pour la construction de ses monuments de Ravenne, un quart de
siècle avant que Bélisaire ne le choisisse comme
résidence au cours du siège des Goths de Witigès
(536-538 ap. J.-C.).
C'est probablement le général byzantin, soucieux
de disposer d'une importante réserve d'eau dans sa résidence
romaine, après la mise hors d'usage des aqueducs de la
ville, qui ordonna la construction de la très grande citerne
(1000 m3 environ) qui retaille le portique du palais.
La présence de cette citerne dut jouer un rôle déterminant
à l'époque de la construction de la casina de la
famille Crescenzi, que les céramiques découvertes
dans la fouille permettent de dater autour de 1500. On peut penser
qu'elle constituait un atout important pour le site, que n'alimentait
encore aucun aqueduc à l'époque où les cardinaux
Ricci de Montepulciano, puis Ferdinand de Médicis, décidèrent
d'y élever leur villa.
A l'angle nord-est du piazzale, un bassin découvert dans
la fouille recueillait l'eau de l'Aqua Virgo qu'une pompe conçue
par l'ingénieur hydraulique du cardinal Ricci permettait
d'élever jusqu'au domaine. Transformé en fontaine
vers la fin du XVIème s., après la construction
de l'Aqua Felice, ce bassin témoigne, lui aussi, du rôle
fondamental de l'eau dans l'histoire du site, depuis l'antiquité
jusqu'à l'époque moderne.
Henri Broise (EFR, Roma)
Martine Dewailly (EFR, Roma)
Vincent Jolivet (CNRS/EFR, Roma)